samedi 1 février 2014

LES SYSTEMES ANTI-BROUILLARD A ORLY

Suite à une question posée sur la groupe Aéroport d’Orly de facebook, voici un petit résumé concernant les systèmes anti-brouillard utilisés à Orly.

En 1958, Aéroport de Paris lance un appel d’offre pour un système de lutte contre le brouillard sur les pistes. L’ingénieur Jean Bertin (biographie ici) y répond avec son "turboclair". Ce système consiste à utiliser des réacteurs pour réchauffer l'air. Il est d'abord qui est d’abord testé à Brétigny avec 4 moteurs ATAR et un SNCAC NC701 'Martinet'.

En 1961, pour se rapprocher plus des conditions opérationnelles, 16 appareils De Havilland SE 532 'Mistral' de l’Armée de l’Air sont positionnés à Melun-Villaroche. En mars, les essais se continuent à Mont-de-Marsan.
 

(c) Patrick Vinot-Préfontaine / Claude Petit

En 1963, c'est au tour d'Orly d’accueillir ses essais, d'abord en dehors des pistes. Ils dureront plusieurs années.
En Décembre 1963, pendant ces essais, un autre système est utilisé, la projection de gaz Propane dans l'air. Le brouillard est ensemencé de germes de glace. L'expérience est assez concluante. 60 pulvérisateurs sont installés. Durant l'hiver 1970/1971, ce système a été utilisé pour 340 atterrissages et 284 décollages.

Le 15 octobre 1968, une Caravelle d'Air Inter effectue des essais d'atterrissages par temps de brouillard. Pour ces atterrissages, les pilotes ont besoin d'une qualification spécifique. Les pilotes utilisent un système automatique de pilotage sans visibilité appelé ATT (Atterrissage Tout Temps).

Le 09 janvier 1969, 2 Caravelles d'Air Inter effectuent un atterrissage Catégorie 3 durant un vol commercial à Orly. La Caravelle F-BNKH réalise ce premier atterrissage en vol commercial (avec 56 passagers à bord) qui constitue une première mondiale. Le plafond est de 20 mètres et la visibilité de 200 mètres.

Le 22 décembre 1976, c'est un Airbus A300 qui effectue un atterrissage automatique catégorie 3A avec le système Sfena en vol commercial.


Revenons au Turboclair. En août 1970, la FAA émet un rapport sur les résultats réalisés à Orly:

Accession Number : AD0711605Title :   TURBOCLAIR FOG DISPERSAL METHOD: DEVELOPMENT AND TESTING OF UNDERGROUND BLOWER UNIT (1965-1969).
Descriptive Note : Final technical rept. 1965-69,
Corporate Author : FEDERAL AVIATION ADMINISTRATION WASHINGTON D C SYSTEMS RESEARCH AND DEVELOPMENT SERVICE
Personal Author(s) : Fabre,R. ; Marut,John K.
Report Date : AUG 1970
Pagination or Media Count : 79
Abstract : A testing program to evaluate the Turboclair fog dispersal method has been completed at Orly Airport, Paris, France. The program included evaluating underground turbojet engine design and performance, determining the optimum location and orientation of the underground unit relative to a runway, and obtaining data on the unit's functional contribution to fog dispersal. The Turboclair method involves using underground turbojet engines to heat air along runways in order to cause evaporation of water droplets in fog and thus increase visibility. The effectiveness of heat from the engines was evaluated at Orly Airport through air temperature measurements and visual observations. The results of the test program confirm that the Turboclair method is effective on warm fog when air volumes are heated by the engines to 2C above ambient temperature. The size of the defogged space is determined by engine orientation as dictated by wind direction and intensity. From test results it is concluded that this type of installation is ready for implementation at an operational level at Orly Airport. (Author)
Descriptors :   (*FOG, REMOVAL), SCATTERING, METEOROLOGICAL PHENOMENA, TEST METHODS, AIRPORTS, TURBOJET ENGINES, TEMPERATURE SENSITIVE ELEMENTS, FRANCE
Subject Categories : Meteorology
Distribution Statement : APPROVED FOR PUBLIC RELEASE

extrait du procès-verbal de la réunion du Sénat du 17/11/70 sur les résultats des essais.


Après ces premières années d'essais concluantes, 8 fosses à tuyères sont installés le long de la piste 07 entre 1970-1972 puis 12 entre 1972-1973 et 14 en 1974 permettant de couvrir 1400 mètres de piste. Ils permettent de dégager le brouillard entre 300 et 800 mètres de hauteur.

Orly (c) Google Maps

Les Mistral consomment environ 1 500 litres de carburant pour chaque atterrissage.

Un contrôleur raconte: "Les réacteurs étaient chauffés au ralentie et quand un avion demandait Turboclair, ils étaient poussés à fond. Parfois, il n'y avait plus de kérosène donc les moteurs s'arrêtaient et le temps de les remplir, le brouillard s'était parfois dissipé tout seul."

L'homologation officielle de Turboclair intervient en mars 1974 pour des appareils du type Fokker 27 jusqu'au Boeing 747. Il sera utilisé aussi sur CDG. Son utilisation s'arrêtera dans les années 80.

Quelques chiffres: 

Hiver 1975-1976:  126 atterrissages (10 000 passagers) ont utilisés ce système pour environ 78 heures de brouillard sur ORY et CDG.
Hiver 1976-1977: 128 atterrissages pour environ 60 heures de brouillard.
1978: 287 atterrissages ATT contre 343 atterrissages Turboclair pour ORY et CDG.

Exemple de la procédure d'Air Inter (?) pour les vols techniques en Caravelle pour utiliser les approches Turboclair:

Si vous avez des ajouts ou des modifications à faire, n'hésitez pas et utilisez les 'commentaires'.

Tout sur l'aéroport d'Orly : (c) Airkalo.com